L’ergonomie a-t-elle un effet “placebo” ?

5 September 2006

Alors que je lis en ce moment pas mal d’articles sur les retombées (économiques et sociales) de l’intervention ergonomique, j’ai découvert l’exemple d’un atelier dans lequel les conditions de travail ont été détériorées par un éclairage non adapté aux tâches réalisées(1). Malgré cette dégradation des ambiances de travail, l’entreprise note une amélioration de sa productivité… Contre-exemple qui pourrait, s’il était lu trop rapidement, démonter notre argumentaire d’ergonome qui consiste à dire qu’il faut être bien pour travailler mieux… Or, les auteurs de l’article en tirent les conclusions suivantes : les opérateurs, satisfaits de voir leur employeur s’occuper enfin de leurs conditions de travail et s’intéresser à ce qu’ils font, ont eu un regain de motivation, qui s’est alors transformé par une augmentation de la production.

La motivation joue un rôle sur le niveau d’attention qu’un sujet porte à une tâche, il n’est donc pas étonnant qu’elle entraîne avec elle une plus grande efficacité.

Mais cela veut-il dire que nos interventions ont alors un effet “placebo” ? Et si le simple fait d’observer, d’interviewer les opérateurs, de s’intéresser à leur activité changeait déjà la représentation qu’ils ont de leur travail, de leur environnement, de leur employeur… au point d’en améliorer leur efficacité ? Cela rejoint un peu me semble-t-il ce que nous espérons tous de nos interventions : les transformations immatérielles, celles qui sont les plus durables…

Certes, dans l’exemple donné ci-dessus, cette transformation (regain de motivation) reste éphémère. En effet, les conditions dégradées auront tôt fait de prendre le pas sur ce regain de motivation, et les conséquences sociales en seront d’autant plus fortes. Mais cet exemple a le mérite de pointer les effets psychologiques de l’intervention ergonomique sur les acteurs qui y participent. Je n’ai pas plus creuser la question pour l’instant, mais si certains d’entre vous ont des références à ce sujet, n’hésitez pas à m’en faire part en laissant un commentaire à ce billet.

(1) Cité dans Beevis, D., Slade, I.M. (2003). Ergonomics-costs and benefits. Applied Ergonomics, 34, 413-418.

Vers une procéduralisation de l’ergonomie ?

22 August 2006

Curieux comme titre quand on considère, à juste titre d’ailleurs, qu’une intervention ergonomique est unique puisqu’elle répond à des besoins singuliers. Comment peut-on alors envisager procéduraliser l’ergonomie ? C’est pourtant la question soulevée dans un article de Pierre Falzon intitulé “Qu’est-ce que la recherche en ergonomie ?” (1). Il y envisage même des “règles de diagnostic infaillibles” qui permettraient de reclasser les situations de conception en situations de transformation d’états.

Un problème ? …Une solution. Le paradoxe qui s’affiche ici de façon éhontée n’en est peut-être pas un… Moi qui m’apprête à entâmer quelques années de recherche en ergonomie en creusant, je l’espère, la question de l’ergonomie et de l’efficacité, qu’est-ce que je recherche si ce n’est un modèle d’intervention permettant de satisfaire nos deux objectifs : l’amélioration des conditions de travail et de la production ? Je chercherai à priori à généraliser (procéduraliser ?) la double articulation des objectifs de l’ergonomie.

Même si certains d’entre nous ont à coeur de qualifier notre démarche d’artiste ou d’artisan, ne devons-nous pas nous rendre à l’évidence que même l’artisan ou l’artiste cherche à se positionner dans des classes de situation qui feront qu’il utilisera telle ou telle méthode pour arriver à ses fins ? Bien sûr que oui…

Par contre, s’il est vrai que je vois très bien comment procéduraliser nos méthodes dans les domaines “physiques” (ambiances de travail par exemple), voire organisationnels, cela me semble plus complexe sur un plan plus cognitif… A moins que les techniques expertes d’entretien puissent être considérées comme les premières procédures d’accès à l’organisation des connaissances des opérateurs ? Certainement… J’essaierai dans un prochain billet de creuser ce dernier point…

(1) Falzon, P. (1998). Qu’est-ce que la recherche en ergonomie ? In Actes du colloque «Recherche et Ergonomie». Toulouse, fevrier.

Neutralité de l’ergonome… rêve ou nécessité ?

31 July 2006

Il y a quelques jours, j’ai entendu un ergonome se qualifier “d’expert militant”… et l’expression m’a interpelée, peut-être tout simplement parce qu’elle vient se heurter à l’idée que je me fais du statut d’ergonome…

Nous connaissons en effet ici ou là des cabinets d’ergonomie, intervenant le plus souvent lors d’expertises CHSCT, à l’identité syndical(ist)e affirmée… mais l’ergonome ne devrait-il pas être le plus neutre possible en entrant dans une entreprise ?

Pour moi une intervention ergonomique réussie tient dans les compromis :

  • compromis entre les attentes de l’entreprise et celles des opérateurs,
  • compromis donc entre le double objectif de l’ergonomie : social et économique.

L’ergonomie a certes une histoire commune avec celle du syndicalisme (rappelée dans la très bonne interview d’Antoine Laville consultable sur PISTES), c’est d’ailleurs pour cela qu’elle peine à se détacher de son étiquette “pro-salariée” (certes vraie, mais partielle, voire partiale dans notre exemple)… c’est aussi ce qui fait que les dirigeants rechignent à faire appel à nos compétences (après tout quel intérêt pour eux si ce n’est attiser les conflits sociaux ?).

A mon sens, intervenir avec une telle étiquette va à l’encontre de nos principes, de nos objectifs (encore une fois sociaux certes mais économiques également), et ne peut que nuire à notre profession. Nous perdons en crédibilité, en légitimité quand nous perdons notre neutralité…

Ergonomie et productivité : la formation serait-elle un levier d’action ?

12 July 2006

Nul ergonome ne peut ignorer le double objectif de l’ergonomie : améliorer le bien-être des hommes et l’efficacité globale des systèmes… Force est de constater que la poursuite de l’objectif économique ne fait pas l’unanimité dans la profession, jusqu’à mettre mal à l’aise certains d’entre nous… Après une analyse réflexive sur ma jeune pratique d’ergonome, je me suis interrogée sur l’articulation de ces deux objectifs, dans le but de comprendre d’où venait ce malaise, et d’envisager comment rétablir cet équilibre lors de nos interventions.

Pourquoi ne nous saisissons-nous pas de la question de l’efficacité, de la productivité ? Est-ce faute de moyens d’action ? Certainement pas… un des premiers moyens auquel je pense est le développement des compétences… N’y aurait-il pas là un levier d’action qui ne nous donnerait pas l’impression de trahir notre objectif plus social ? Les travaux de Delphine Wannenmacher sur les relations entre formation et productivité donnent quelques éléments :

  • La productivité est désormais gloable, multidimensionnelle ; elle englobe aussi bien des aspects quantitatifs que qualitatifs (comme la prise en compte de délais, de spécifications, etc), ce qui la rend plus difficilement mesurable.
  • la formation initiale permettrait à un opérateur d’être plus rapidement opérationnel (d’autant plus si la part de formation technique est importante) ; elle serait en ce sens facteur de productivité.
  • le non-renouvellement des ressources (par manque de formation notamment), à terme, mène à la disparition des savoir-faire et met l’entreprise en situation difficile pour affronter la concurrence.
  • la formation permet donc de développer la compétence en entreprise et la polyvalence des opérateurs. Il en ressort une plus grande flexibilité permettant à l’entreprise de répondre à plus de demandes, d’améliorer sa qualité ou de ne pas avoir de baisse de régime en cas d’absentéisme par exemple.

En conclusion, l’auteur souligne le fait que, plus que la formation, c’est son aboutissement (c’est-à-dire la compétence et la polyvalence) qui est source de productivité.

Du point de vue de l’ergonomie, cela interroge les processus collectifs de construction des compétences qui mettent l’ergonome en position d’agir tant sur un plan social (développement des opérateurs) que sur un plan économique (efficacité accrue). La formation semble donc être un levier d’intervention qui arrive à articuler de façon équitable les deux objectifs de l’ergonomie.

Consultez mes notes de lecture sur l’article de D. Wannenmacher.

Et un Master d'ergonomie, un !

4 July 2006

Eh oui, me voilà titulaire d’un Master professionnel d’Ergonomie préparé au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris.

Ces trois années d’études ont été très enrichissantes malgré l’investissement personnel important que demandent des cours du soir. Mais au final, je garderai de tout ça : une discipline passionnante, des enseignements de grande qualité, des rencontres marquantes (faites sur les bancs du laboratoire d’Ergonomie ou lors d’interventions).

Cette formation m’a permis de réaliser deux interventions ergonomiques en situation réelle, et d’approfondir certains thèmes comme ‘ergonomie et handicap‘ ou ‘ergonomie et productivité‘. Ces derniers travaux m’ont d’ailleurs donné envie de continuer dans la Recherche en ergonomie et de m’inscrire en Master Recherche à la rentrée 2006…
La passion semble l’emporter sur la raison à l’heure où j’écris ce message… mais l’été porte conseil paraît-il. Espérons qu’il jouera en ma faveur !

En attendant, vous pourrez retrouver mes travaux, notes de lecture, bibliographies, et réflexions sur l’ergonomie sur mon site ou sur ce blog…



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