Archive pour la catégorie 'Réflexions sur l'ergonomie'

Cachez ces témoignages (sur le travail) que je ne saurais voir…

Wednesday 25 October 2006

Il y a quelques semaines de celà fermait un des blogs que je suivais avec grande attention : Carnet d’un inspecteur du travail. Pressions hiérarchiques ou conséquences de révélations médiatiques, je ne veux pas rentrer dans ce débat là… Je regrette juste ces billets qui reflétaient la réalité du monde du travail sans stigmatisation, sans parti pris et dans le respect des règles déontologiques (notamment le respect de l’anonymat).

Ce que Bereno faisait ouvertement sur son blog, nous le faisons tous dans notre communauté d’ergonomes en cherchant à partager nos points de vue, nos expériences… notamment via des listes de diffusions telles qu’Ergoliste ou les colloques. Sans cette possibilité de s’adonner à des activités réflexives sur notre pratique nous perdrions, je pense, le recul et la richesse nécessaires à toute intervention.

Moi-même sur ce blog, j’ai été tentée de lancer une discussion à partir d’exemples rencontrés dans mes interventions et ce afin que les commentaires puissent m’aider à revenir sur ma pratique d’ergonome débutante… N’ayant que peu d’expérience, j’ai renoncé à cette idée, pensant qu’il serait trop facile de retrouver le nom de l’entreprise où l’intervention a eu lieu…

Cependant, je ne peux qu’encourager les ergonomes expérimentés à faire des retours sur expérience et à partager la complexité des situations de travail qu’ils ont rencontrées… Bereno, pour sa profession, l’a fait à travers de nombreux billets publiés sur son blog. Dommage que les vérités dérangent parfois.

Que la chasse à l’ergonomie “vaudou” commence !

Tuesday 26 September 2006

La brosse à dents ergonomique, ça vous dit quelque chose ?
Quand on présente l’ergonomie, notre interlocuteur a tôt fait de nous la renvoyer en pleine figure…

Nous avons ici à faire à ce que Chong appelait “voodoo ergonomics” (Chong, 1996, cité par Hendrick, 1996 ou Todd & Cripwell, 2006), l’ergonomie vaudou, le cauchemar de la profession. D’un côté de nombreux produits ou postes de travail se targuent d’avoir été conçus ergonomiquement, et de l’autre certains professionnels se sont longtemps improvisés ergonomes, sans avoir de véritables accréditation ou compétences…

Cette désinformation a comme conséquence de discréditer les véritables interventions ergonomiques et s’ajoute au préjugé déjà tenace qui consiste à dire que l’ergonomie n’est qu’une question de bon sens…

A nous de mieux faire connaître l’ergonomie auprès des entreprises, d’apprendre à argumenter avec les mots des dirigeants en faveur de nos interventions et de leur proposer un modèle économique qui leur prouve qu’une intervention a certes un coût, mais qu’elle est le plus souvent porteuse de bénéfices.

Pour en revenir à la brosse à dents… s’il faut fustiger les pâles imitations, il faut également rendre à César ce qui lui appartient ! En effet, certaines entreprises mènent de véritables études ergonomiques pour concevoir leurs produits. C’est le cas de l’entreprise AB Sandvik Saws and Tools qui cherchait à avoir une position de leader sur son marché. Pour cela la conception de nouveaux outils (”ergotools”) sur des critères ergonomiques lui a permis de gagner plus de parts de marché et de se distinguer de ses autres concurrents (Dul & Neumann, 2005).

Transformation d'un couteau à desosserEt les exemples de “bonne” ergonomie sont nombreux… Dans une entreprise de désossage de poulets, beaucoup d’opérateurs se plaignaient du syndrôme du canal carpien. Suite à l’intervention d’un ergonome, leur couteau a été transformé (cf. photo ci-contre) ; cette transformation a eu non seulement des conséquences positives en terme de santé (moins de douleurs, plus de confort pour exécuter les gestes), mais également en terme financier (plus de productivité, moins de compensations liées aux arrêts de travail…). Sur 5 ans, pas moins de 500.000$ ont été ainsi économisés et les TMS ont considérablement réduits ! (Hendrick, 1996).

C’est cette ergonomie là qu’il faut promouvoir pour chasser l’ergonomie “vaudou”…

Références :

Chong, I. (1996). The economics of ergonomics. Workplace Ergonomics, March/April, pp. 26–29.

Dul, J., and Neumann, W. P. (2005). Ergonomics contributions to company strategies. In 10th International conference on human aspects of advanced manufacturing: agility and hybrid automation (HAAMAH 2005), San Diego, USA.

Hendrick, H.W. (1996). The ergonomics of economics is the economics of ergonomics. In Proceeding of Human Factors and Ergonomics Society 40th Annual Meeting (pp.4-10). Santa Monica, California, US, September.

Todd, A.I., Cripwell, A. (2006). Cost-Benefit analysis: Lessons to be learnt from environmental economics. In Proceedings of ESSA 2006: the 9th Conference of the Ergonomics Society of South Africa (pp.165-174). Pretoria, South Africa, January.

L’effet “placebo” a un nom : l’effet Hawthorne !

Thursday 7 September 2006

Hasard des lectures, un article plus loin et je peux désormais mettre un nom sur l’effet “placebo” que je nommais ainsi maladroitement : l’effet Hawthorne (Hawthorne effect) !

Selon la définition d’ergologique.com c’est donc “l’influence motivante qui entraîne l’amélioration de la performance chez un participant à une expérience ou une étude. L’amélioration de la performance due à l’effet Hawthorne, et non pas aux facteurs expérimentaux, est liée au sentiment de valorisation ressenti par les sujets conscients de faire l’objet d’une attention particulière.”

Ce phénomène tient son nom du lieu où il a été découvert (banlieue de Chicago). L’usine de la Western Electric Company a tenté d’étudier les effets de l’éclairage sur l’efficacité des opérateurs. Un des groupes d’ouvriers estimait que l’éclairage était meilleur alors que les ampoules étaient identiques à celles utilisées précédemment : leur efficacité a cependant augmenté.

En conclusion de cette découverte : tout changement sur l’environnement peut influer sur les comportements et ce indépendamment de la nature même du changement.

Pour nos interventions/expérimentations, il semblerait que le seul moyen de contourner l’effet Hawthorne est le temps. En effet, comme je le soulignais dans mon billet précédent, cet effet reste éphémère et les véritables conditions de travail reprennent vite leur droit.

L’ergonomie a-t-elle un effet “placebo” ?

Tuesday 5 September 2006

Alors que je lis en ce moment pas mal d’articles sur les retombées (économiques et sociales) de l’intervention ergonomique, j’ai découvert l’exemple d’un atelier dans lequel les conditions de travail ont été détériorées par un éclairage non adapté aux tâches réalisées(1). Malgré cette dégradation des ambiances de travail, l’entreprise note une amélioration de sa productivité… Contre-exemple qui pourrait, s’il était lu trop rapidement, démonter notre argumentaire d’ergonome qui consiste à dire qu’il faut être bien pour travailler mieux… Or, les auteurs de l’article en tirent les conclusions suivantes : les opérateurs, satisfaits de voir leur employeur s’occuper enfin de leurs conditions de travail et s’intéresser à ce qu’ils font, ont eu un regain de motivation, qui s’est alors transformé par une augmentation de la production.

La motivation joue un rôle sur le niveau d’attention qu’un sujet porte à une tâche, il n’est donc pas étonnant qu’elle entraîne avec elle une plus grande efficacité.

Mais cela veut-il dire que nos interventions ont alors un effet “placebo” ? Et si le simple fait d’observer, d’interviewer les opérateurs, de s’intéresser à leur activité changeait déjà la représentation qu’ils ont de leur travail, de leur environnement, de leur employeur… au point d’en améliorer leur efficacité ? Cela rejoint un peu me semble-t-il ce que nous espérons tous de nos interventions : les transformations immatérielles, celles qui sont les plus durables…

Certes, dans l’exemple donné ci-dessus, cette transformation (regain de motivation) reste éphémère. En effet, les conditions dégradées auront tôt fait de prendre le pas sur ce regain de motivation, et les conséquences sociales en seront d’autant plus fortes. Mais cet exemple a le mérite de pointer les effets psychologiques de l’intervention ergonomique sur les acteurs qui y participent. Je n’ai pas plus creuser la question pour l’instant, mais si certains d’entre vous ont des références à ce sujet, n’hésitez pas à m’en faire part en laissant un commentaire à ce billet.

(1) Cité dans Beevis, D., Slade, I.M. (2003). Ergonomics-costs and benefits. Applied Ergonomics, 34, 413-418.

Vers une procéduralisation de l’ergonomie ?

Tuesday 22 August 2006

Curieux comme titre quand on considère, à juste titre d’ailleurs, qu’une intervention ergonomique est unique puisqu’elle répond à des besoins singuliers. Comment peut-on alors envisager procéduraliser l’ergonomie ? C’est pourtant la question soulevée dans un article de Pierre Falzon intitulé “Qu’est-ce que la recherche en ergonomie ?” (1). Il y envisage même des “règles de diagnostic infaillibles” qui permettraient de reclasser les situations de conception en situations de transformation d’états.

Un problème ? …Une solution. Le paradoxe qui s’affiche ici de façon éhontée n’en est peut-être pas un… Moi qui m’apprête à entâmer quelques années de recherche en ergonomie en creusant, je l’espère, la question de l’ergonomie et de l’efficacité, qu’est-ce que je recherche si ce n’est un modèle d’intervention permettant de satisfaire nos deux objectifs : l’amélioration des conditions de travail et de la production ? Je chercherai à priori à généraliser (procéduraliser ?) la double articulation des objectifs de l’ergonomie.

Même si certains d’entre nous ont à coeur de qualifier notre démarche d’artiste ou d’artisan, ne devons-nous pas nous rendre à l’évidence que même l’artisan ou l’artiste cherche à se positionner dans des classes de situation qui feront qu’il utilisera telle ou telle méthode pour arriver à ses fins ? Bien sûr que oui…

Par contre, s’il est vrai que je vois très bien comment procéduraliser nos méthodes dans les domaines “physiques” (ambiances de travail par exemple), voire organisationnels, cela me semble plus complexe sur un plan plus cognitif… A moins que les techniques expertes d’entretien puissent être considérées comme les premières procédures d’accès à l’organisation des connaissances des opérateurs ? Certainement… J’essaierai dans un prochain billet de creuser ce dernier point…

(1) Falzon, P. (1998). Qu’est-ce que la recherche en ergonomie ? In Actes du colloque «Recherche et Ergonomie». Toulouse, fevrier.



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